COMMENT VIVRE NOTRE DIVERSITE MONTREALAISE ?

 


Compte rendu 
de la soirée du 21 février
 
du Groupe-Échange Québec-Afrique 
au Centre Afrika



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Aperçu de l’organisation du texte

Introduction : 

Présentation du groupe échange et du déroulement de la soirée

Approche socio-historique de l’évolution de l’ouverture de Montréal à la diversité culturelle

Daniel Lacroix

I - Présentation des concepts : Qu’est ce que la diversité aujourd’hui ? 

Elhaoussine Tahmi

II- A Montréal, comment vit-on cette diversité au quotidien ? 

Irène Sophie Tapsoba

III- Quels sont les défis que cette diversité offre à la société montréalaise ?

Luna Crepault

IV- Échange des participants 

Conclusion :

Au regard de la diversité montréalaise actuelle, comment imaginer la ville dans 50 ans ?

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     Groupe Échange Québec-Afrique

Introduction

Présentation du déroulement de la soirée

Un souper-causerie a été organisé par le Groupe Échange Québec-Afrique du Centre Afrika à Montréal. Rassemblé autours de l’arbre de vie des Makondés[1], les participants étaient issus de différents horizons.  Le thème de la soirée « Comment vivre notre diversité montréalaise ? » s’inscrivait dans la continuité de la précédente rencontre du Groupe-change qui s’est tenue au Centre Afrika en décembre 2008 et qui portait sur le Québec d’autrefois. Suite à un rapide portrait de la société québécoise des années 50, une discussion avait été engagée sur les réalités socio-économiques du Québec de cette époque. Désormais, le Groupe Échange a posé son regard sur la société montréalaise dont le visage a beaucoup changé au cours de ces 40 dernières années. La diversité qui la constitue aujourd'hui l'a transformé profondément et a amené son lot de défis, de richesses et de difficultés. Pour mieux aborder cette réalité, dans la première partie de la soirée, un noyau du groupe a esquissé un portrait actuel de la diversité montréalaise. Ce portrait a été agrémenté par la présentation du concept clé de « diversité », de quelques données statistiques, de plusieurs témoignages, et de la présentation de quelques extraits vidéo de la série télévisée « Pure Laine »[2]. L’enthousiasme et le dynamisme de chacun ont conduit à un partage fort enrichissant[3].

Approche socio-historique de l’évolution de l’ouverture de Montréal à la diversité culturelle

Présentation de Daniel Lacroix

Au Québec, les années 1960 et 1970 sont synonymes de bouleversements profonds. Au cours de l’année 1967, se tient à Montréal, l’Exposition Universelle. Cet événement a été l’un des principaux facteurs de changements au Québec. L’exposition Universelle de Montréal a attiré plus de 50 millions de visiteurs en 6 mois. Près de 90 pavillons ont été installés pour l’occasion. En tout, soixante et un pays de tous les continents et représentant toutes les civilisations participent à l'événement. Ils y exhibent les splendeurs de leurs cultures et construisent pour l'occasion des pavillons tous plus impressionnants les uns que les autres. Cet événement a fortement marqué l’esprit des Québécois, leur offrant ainsi pour la première fois une fenêtre sur le monde. Cet événement a marqué l’histoire de la ville de Montréal qui s’est  ainsi affirmée sur la scène internationale.

I - Qu’est ce que la diversité aujourd’hui ? 

-         Concept d’Immigration, Émigration, Migrations, Diversité

par Elhaoussine Tahmi

La migration est le déplacement d'une personne quittant son lieu de naissance ou de résidence pour un autre lieu. L'immigration désigne l'entrée, dans un pays, de personnes étrangères qui y viennent pour y séjourner et y travailler. L'immigration est une migration vue du côté du pays de destination. Elle correspond, vue du côté du pays de départ, à l'émigration.

Cependant, selon Elhaoussine Tahmi, les termes d’immigration et d’émigration ne sont plus d’actualité. La mobilité actuelle  rend caduque les critères désignant une personne comme immigrante ou émigrante. En effet, pour une personne qui possède différentes origines ethnoculturelles, parfois plusieurs nationalités, être amenée à se déplacer d’une région à une autre, ou d’un pays à un autre, pour des raisons multiples, plusieurs fois dans sa vie, la définition de celle-ci en tant qu’immigrante devient problématique, si l’on considère d’autre part les différentes législations nationales en vigueur. Elhaoussine Tahmi conseille donc d’utiliser désormais le terme de migration, plutôt que celui d’immigration ou d’émigration, de même que le terme de migrant serait plus adéquat que celui d’ immigrant ou d’émigrant.

La diversité culturelle est la constatation de l'existence de différentes cultures. L'UNESCO a pris parti pour une « Civilisation Mondiale Multi-Culturelle ». La déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle de 2001 est considérée comme un instrument normatif reconnaissant, pour la première fois, la diversité culturelle comme « héritage commun de l'humanité » et considérant sa sauvegarde comme étant un impératif concret et éthique inséparable du respect de la dignité humaine. Le Québec et le Canada ont été les premiers peuples au monde à ratifier cette convention.

Pour conclure, « La diversité évoquée est culturelle dans son sens le plus large, c’est-à-dire, englobant l’ensemble des cultures qui coexistent et interagissent comme composantes montréalaises. Une diversité culturelle qui, dépassant les risques et les écueils de folklorisation d’une approche uniquement ethnoculturelle, s’élargit vers des façons plurielles d’être, de penser et de s’exprimer tant culturelles que générationnelles[4]»

-         La diversité à Montréal

par Marie Noël

II- Comment vit-on cette diversité au quotidien à Montréal ? 

par Irène Sophie Tapsoba

Irène fit un témoignage après avoir vécu pendant 10 ans à montréal. Selon elle, il y a certes des atouts mais il y a aussi quelques failles sur l’organisation de la société 

« J’ai constaté une forte cohésion sociale à Montréal et coexistence pacifique entre les différentes communautés culturelles, religieuses, etc. Montréal est une ville cosmopolite, c’est le monde en miniature, un MONDE REEL. Le respect des cultures et le désir de découvrir la culture d’autrui à travers son accoutrement (Indiens, juifs) ses habitudes culinaires (les italiens pour la pasta ; les marocains pour le couscous ; les africains à travers la sauce de pâte d’arachide ou maffé, les jus de gingembre, bissap etc.) sont des atouts considérables. Je trouve également très positif la commission Bouchard-Taylord sur les accommodements raisonnables dont le but principal est de prendre en compte les diversités culturelles dans la société québécoise. Toutefois, j’ai quelques appréhensions que je présente comme faille, en ce qui concerne cette commission.

Le Québec d’une manière générale est une société d’accueil et de nombreuses structures  favorisent l’intégration sociale et économique des nouveaux arrivants en leur fournissant de très bonnes informations. C’est le cas du centre Afrika, interconnexion Nord-Sud, Chafric, le centre d’encadrement pour jeunes filles immigrantes où j’ai moi-même travaillé, etc.

Sur le plan alimentaire, je note une diversité depuis mon arrivée jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, il y a 10 ans de cela, il y a quelques produits alimentaires de chez moi que je ne trouvais pas sur le marché, mais de nos jours, dans les marchés africains et chinois je découvre même des produits alimentaires d’autres pays africains et j’apprend des recettes d’autres communautés culturelles (par exemple le pondu chez les congolais, le lafiri chez les guinéens, le N’dolê chez les camerounais, etc.).

L’organisation de festivals en été permet d’avantage de s’imprégner de la culture d’autrui. C’est le cas du festival de Jazz, des nuits d’Afrique, le festival des autochtones, des haïtiens, le festival juste pour rire etc. En hiver, il y a le festival Montréal en lumière pour briser l’isolement et je constate que les jeux d’hiver (ski, glissade etc.) bien que ne faisant pas partie de la culture de beaucoup d’africains, ils y vont de plus en plus, soit pour apprendre à glisser ou pour observer.

Je me permets des petites comparaisons entre le Québec, les USA et la France. Il faut noter qu’ici, on se sent mieux en sécurité par rapport aux pays que j’ai cité. En France, le contrôle des pièces d’identité est très sévère, ce qui cause la peur, le stress partout que ce soit dans le bus, dans le métro etc. Quand je suis arrivée nouvellement, j’ai été surprise par cette absence de contrôle et l’on m’a même dit de ranger soigneusement mon passeport pour ne pas le perdre. Il faut noter également qu’il y a moins d’insalubrité par rapport aux USA et à la France. L’éducation civique relative à la protection de l’environnement et au développement durable est très positive.

Toutefois, il y a aussi des failles dans le système. Il y a le problème de discrimination à l’emploi qui demeure l’un des problèmes majeurs. Beaucoup ne conçoivent pas que la société soit ouverte à l’immigration et que l’un des critères fondamentaux de sélection soit le niveau d’instruction et qu’à l’arrivée, soit le diplôme de l’immigrant n’est pas reconnu, en ce moment il devra faire une formation supplémentaire ou que son expérience ne soit pas valorisée.

Cependant, il faut reconnaître aussi que c’est une société à la fois riches en ressources naturelles qu’en ressources humaines d’où une compétition très serrée dans des domaines saturés. Par exemple, j’ai participé au concours d’entrée à la fonction publique fédérale. Pour 10 postes, 4000 candidats devaient composer. Un autre point faible qu j’ai pu constater se rapporte à la commission Bouchard-Taylord sur les accommodements raisonnables. Pour moi il faut définir des limites dans toute société car on ne peut pas tout accepter. Le Québec comme le Canada cultive cette notion de liberté si bien que l’on note quelques exagérations, c’est par exemple ces femmes arabes qui sont allées nager toutes vêtues (robe, voile etc.). Il faut aussi que le Québec s’identifie à travers des aspects qui lui sont propres comme l’arbre de Noël à l’approche des fêtes et la suppression de cet aspect culturel selon quelques participants à la soirée sera comme une manière pour le Québec de renier sa propre culture au profit d’autres cultures. »

III- Quels sont les défis que cette diversité offre à la société montréalaise ?

par Luna Saty Crépault

Le contexte de diversité montréalaise amène des défis sur le plan de la communication interculturelle. En effet, la communication dépend de nombreux facteurs dont : les valeurs, la culture, l’éducation, et la religion.

Des différences au niveau verbal ou non verbal (gestes) lorsqu’on communique peuvent amener des incompréhensions importantes de même que des situations cocasses lorsqu’on est un nouvel immigrant dans un pays. Prenons l’exemple du contact visuel qui est peu présent dans les conversations chez les asiatiques, africains ou haïtiens d’origine, car perçu comme un manque de respect envers l’autre ou encore comme signe d’avance entre un homme et une femme. En revanche, ici au Québec, il est mal vu de ne pas regarder l’autre dans les yeux quand il parle, signe d’un manque d’écoute ou d’un manque d’intérêt par rapport à ce que l’autre dit. Ainsi, par ex en situation d’entrevue pour un emploi où un immigrant ne regarderait jamais son interlocuteur lors des échanges, il pourrait être mal évalué. De même, certains européens d’origine; italiens ou français ont une tendance naturelle à utiliser plus: de gestes, de contact tactile, et de proximité physique. En revanche, au Québec, parler trop près ou toucher l’autre pourrait le rendre mal à l’aise pouvant créer ainsi un bris de communication.

En fait, c’est avec le temps que les immigrants arrivent à s’adapter à la nouvelle forme que prennent les échanges. En effet, un immigrant ne va certainement pas communiquer dix ans plus tard comme il le faisait à son arrivée ! Il va apprendre comment échanger avec les Québécois, au fil des expériences positives et négatives. Et d’autre part, c’est aussi à force de côtoyer les immigrants que les Québécois vont mieux les apprivoiser avec leurs différences, mais aussi avec leurs richesses qu’ils nous apportent.

La diversité culturelle peut ainsi nous amener une forme de stress social dans les situations d’affrontements de valeurs, comme lors des discussions au sujet des divers ¨accommodements raisonnables au Québec¨. Cette diversité peut aussi nous amener beaucoup de richesses qu’on a tendance à oublier comme : une meilleure économie, car les immigrants investissent, un taux de natalité plus élevé, une main d’œuvre importante autant au niveau des boulots dans les manufactures, restaurants, ou commerces que dans les divers corps de métiers professionnels comme : avocats, médecins, ingénieurs, enseignants, chercheurs, et informaticiens, car les immigrants ont un niveau d’éducation de plus en plus élevé. Il ne faudrait pas non plus oublier tout le côté ouverture sur le monde que les immigrants nous apportent, et connaissance des différentes : musiques, danses, et nourritures. On peut ainsi rester à Montréal, et avoir parfois l’impression de voyager à cause cette diversité culturelle qui est maintenant une des facettes de plus en plus importante de la vie citadine, particulièrement dans certains quartiers.

En conclusion, c’est à force de se fréquenter, et de communiquer que les immigrants, et québécois apprendront à découvrir les richesses de l’autre. Les voyages, les missions à l’étrangers, ainsi qu’une meilleure connaissance des autres pays, et de leurs histoires à travers l’éducation, ou des activités d’échange culturel permettent aussi d’enrayer l’ignorance, les préjugés, et le racisme qui en découle.

IV- Échange des participants  

Certains participants pensent que malgré la diversité perceptible au sein de Montréal, les communautés restent repliées sur elles-mêmes. Il y a peu de métissage comme en France. D’autres ont souligné l’importance du brassage des cultures et l’acceptation de soi. Irène a suggéré que les Québécois s’ouvrent davantage au monde, qu’ils l’explorent à travers la coopération pour comprendre les réalités vécues par la majorité des immigrants.

Mais l’effort ne doit pas venir uniquement des Québécois. Ils ont ouvert leurs frontières à des personnes d’origines multiples qui, elles aussi, ont accepté de venir s’installer dans un pays qui a ses traditions, sa culture, et ses lois. Les immigrants doivent aussi intensifier leur  ouverture à la société d’accueil, et être attentif à leur bonne intégration dans la société d’accueil.

Perspectives d’avenir

Pour clore la soirée, les participants ont été invités à se projeter dans l’avenir et à imaginer Montréal dans 50 ans. Certains, pensent que les Québécois « pure laine » deviendront une minorité. D’autres perçoivent Montréal comme un terreau d’expérimentation, un lieu d’exploration pour un meilleur dialogue interculturel, une plateforme de dialogue et d’échange qui dans 50 ans pourra servir d’exemple pour mieux appréhender les relations internationales. Dans tous les cas, Montréal fait rêver chacun pour un avenir plus respectueux des différences culturelles !

Enfin, la soirée s’est terminée sur une citation de Koïchiro Matsuura [6] qui résume la thématique de la rencontre et met chacun, qu’il soit immigrant, canadien, ou québécois face à ses responsabilités dans la construction d’un avenir prometteur : « Une simple juxtaposition de diverses cultures ne suffit pas à créer les interconnexions et le dialogue. Il est de la responsabilité de toute la société civile de réfléchir et d’agir afin de créer des chantiers où la diversité est en dialogue. L’une et l’autre, forces collectives indispensables au développement durable, sont devenus des garants de la cohésion du monde.[7] »

Merci à tous les participants, aux Pères Blancs Missionnaires et à Jean-François, coordonnateur du Centre Afrika pour l’organisation logistique de la soirée.

RÉFÉRENCES :

w Jacques Lacoursière, « Québec, terre d’accueil ou terre d’écueil ? », Interculture, n°154, avril 2008, p.17-26.

w  Institut de la Statistique du Québec :

http://www.stat.gouv.qc.ca/

w  Statistiques Canada 

http://www.statcan.gc.ca/start-debut-fra.html

w Vision Diversité : 

http://www.visiondiversite.com

     Groupe Échange Québec-Afrique !

[1] Cette sculpture d'ébène traduit le sens de la communauté, l'importance vitale pour une personne d'être liée à un groupe et de se réaliser à partir des liens féconds. De la symbolique qui se dégage de cette sculpture, le Groupe Échange prend tout son sens.

[2] Série télévisée humoristique québécoise qui traite de l’identité québécoise telle qu’elle est vue par les différentes communautés culturelles.

[3] Nous remercions Jean-François Bégin, coordonnateur du Centre Afrika pour l’organisation logistique de la soirée.

[4] Concept de la diversité de Vision Diversité. Voir le site web : http://www.visiondiversite.com/mtl_diversite/index.html

[5] Danika Landry, « Côtes-des-Neiges : un charmant brouhaha », Métro, 16 février 2009.

[6] Diplomate japonais né en 1937 à Tokyo. Actuellement directeur général de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.

[7] Énoncée par Koïchiro Matsuura pour l’Unesco en 2005.


Compte-rendu réalisé par:
Irène Tapsoba
Marie Noël
Luna Saty Crépault
Elhaoussine Tahmi
Daniel Lacroix


7 Mars 2009