GROUPE ÉCHANGE JEUNESSE

sur la rencontre du samedi 22 septembre 
Le développement 
et la coopération internationale:
les enjeux et ses impacts


Depuis plus de 40 ans, le Canada, comme plusieurs autres pays 
du Nord, a mis sur pied des politiques visant à soutenir 
les pays du Sud dans leur développement social, culturel, 
économique, environnemental. Mais qu'est-ce que le 
développement international? Est-ce que cela sert vraiment 
les intérêts des populations visées par ces mesures? 
Quel bilan peut-on en faire? Pour mieux comprendre 
ce qu'est le développement et la coopération internationale, 
nous vous invitons à rencontrer des personnes ressources 
qui nous éclaireront sur les mécanismes du développement international 
et qui nous parleront des enjeux et des impacts 
qui s'y rattachent. Un débat suivra les présentations.

M. Denis Tougas de l'Entraide missionnaire
M. Hugo Montecinos, responsable de Cuso-Québec
Mme Saandiya Allaoui de Défis Makondé
M. Frank Kayembe du Groupe Échange jeunesse

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photos: Talent Hangi Bin

Suivi à la rencontre:
Commentaire de Papa Oumar Badji
Consultant relations interculturelles

Coopération et développement

Le groupe échange-jeunesse a organisé le 22 septembre dernier une rencontre très instructive au Centre Afrika. Le thème portait sur le développement et la coopération internationale : enjeux et impacts.

Le centre avait fait venir trois présentateurs, Mme Saandiya Allaoui de Défis Makondé, M. Denis Touga de l'Entraide missionnaire, M. Hugo Montecinos, responsable de Cuso-Québec.

M. Hugo Montécinos a présenté son organisation, son mandat et ses approches en matière de coopération et Mme Saadiya Allaoui a parlé de son expérience comme coopérante au Cap-vert, Île de l’Atlantique au large des côtes sénégalaise à hauteur de l’île de Gorée (ancien point de départ des esclaves africains pour les Amériques). Quand à M. Denis Tougas, il a dressé un portrait de l’aide au développement et de la coopération internationale.

Je vais m’appuyer sur l’intervention de M. Tougas pour cet article, parce qu’elle résume mon sentiment actuel : c’est à dire comment je vois la coopération comme levier du développement et proposer un point de vue alternatif au système actuel.

Qu’est ce qui se passe?

Mr Tougas a commencé sa présentation par des chiffres sur l’aide au développement (78 Milliards de $ annuel alloués mondialement à l’aide au développement, 1000 Milliards de $ de dette des pays sous développés) et en faisant l’historique de cette aide depuis les années 50 à nos jours. Cela donne le vertige laissez moi dire. On se demanderait où nous voulons aller. Et quand je dis «nous», c’est aussi bien les donateurs que les receveurs. On n’est pas au baseball là! C’est une partie tout à fait différente.

Comment se fait il que depuis que l’on se lance dans cette aide, rien ne marche. Et ce qui m’étonne, c’est que le système regorge de spécialistes, d’analystes, mais pas de solutions réelles. La coopération offre seulement une vision de philanthropie, d’assistance aux pays dans le besoin. Je ne suis pas d’accord. C’est aussi une stratégie de création de richesse pour les pays donateurs. Elle fait vivre leurs ressortissants, elle donne de l’expérience à leur jeunesse, et elle ouvre des marchés très importants, soit pour l’acquisition de matières premières, soit pour l’exportation des expertises et le positionnement géopolitique. Et nous (pays dans le besoin - j’aime pas le terme sous développés) dans tout ce jeu? Quelle est notre stratégie? Que voulons nous faire ou que pouvons nous faire?

Plus je fouille dans tout ça, plus je me perds. Je regarde les politiques des états africains (je viens du Sénégal), je regarde le niveau de concertation et de collaboration au sein des communautés économiques – CEDEAO (Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest), la CEA (Communauté Économique Africaine), CEMAC (Communauté Économique et Monétaire des États de l’Afrique Centrale) pour ne citer que ceux-là – et me demande pourquoi nous ne parvenons pas à parler d’une seule voix. Ce n’est pourtant pas compliqué. Nous sommes embarqués dans le même bateau. Nous axons notre désir de développement, si désir il y a, sur l’aide fournie par la coopération, en ne privilégiant pas le partenariat réel. Nous avons des choses à offrir qui sont tout aussi valables. Quand tu arrives dans un pays du nord, tu te rends compte du niveau d’engagement de sa société. La population paye ses impôts, entretien ses infrastructures, participe à la vie d’ensemble. Il y a bien sûr des exagérations, comme ce désir excessif d’utilisation des pesticides et autres dérivés, qui les éloigne des vertus de la saine nature, mais il y a une envie collective de créer une société améliorée. Pourquoi pas nous autres? 

Du développement

Le développement commence d’abord par une prise de conscience de ses qualités et de ses insuffisances à mon avis. Le monde est devenu un milieu d’échanges et de partage qui se rétrécie de plus en plus. Et chaque société est entrain d’affiner sa stratégie en matière d’organisation géopolitique, d’occupation du terrain pour être terre-à-terre, d’organisation de ses approvisionnements en ressources naturelles tel le pétrole, le gaz et surtout l’eau, et pendant ce temps, l’Afrique se débat dans l’éternel lutte pour sa survie. Nous alimentons les prétextes pour les pays développés de faire le monde sans nous. Vous direz que je suis bien amer, c’est vrai. Les 17 mois de coopération que je viens de vivre m’ont plongé dans un univers où je suis ressorti avec des inquiétudes. Je ne suis pas contre la coopération, mais contre la lecture que j’en fais. Car l’entraide est un principe d’humanité. Le plus riche se doit d’assister le plus pauvre, le plus fort le plus faible, et ainsi de suite, mais nous devons réagir et ramener les choses à leur juste valeur. Ne privilégions pas l’appui qui garde le nécessiteux dans la dépendance. Les principes d’équité et du respect d’autrui prennent toutes leurs valeurs ici.

Le travail dans la coopération

Ayant eu le privilège d’être un acteur de la coopération, j’ai pu me rendre compte du travail qui est fourni par les coopérants sur le terrain, mais aussi des limites de leurs actions. Beaucoup d’efforts et d’argent (qui ne nous appartient pas à nous les bénéficiaires) alimentent cette coopération. Mais elle présente beaucoup d’incohérences. Les besoins de résultats des pays donateurs ne sont pas les mêmes que les pays receveurs. Les outils de travail ne sont pas adaptés aux besoins des résultats. Il n’y a pas d’harmonisation dans la définition des besoins, mais surtout dans la définition des priorités. Les échecs des politiques antérieures ont amené les bailleurs à retirer leur confiance dans la capacité d’organisation des Africains. Juste prendre garde de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Je pense que :

Ø      Il est plus que temps d’harmoniser les résultats des programmes de coopération avec les attentes des populations ciblées. Mais surtout de continuer à favoriser les approches participatives initiées et de donner le leadership des actions de développement à ces mêmes populations;

Ø      Les programmes de coopération devraient appuyer les mécanismes de mobilisation de ressources locales (humaines et financières) dans la perspective de diminuer la dépendance du continent à des ressources non internes. Le développement des économies alternatives est très louable;

Ø      L’accent devrait être mis sur l’agriculture vivrière et non de rente. Les programmes devraient insister sur le développement des relations économiques intercommunautaires;

Ø      Les programmes devraient inciter la société civile africaine à rendre compte et à sensibiliser les populations sur les réels enjeux des rapports économiques et sociaux;

Ø      Les programmes devraient refuser de cautionner les réactions de dernières minutes sans aucun plan ni stratégie;

Ø      Les programmes devraient initier et instaurer l’identification des pratiques traditionnelles bénéfiques existantes dans le but de les améliorer, car elles sont garantes d’une meilleure assimilation par les populations cibles;

Ø      Les programmes se doivent de continuer à mettre l’accent sur la lutte contre l’ignorance et l’exclusion, facteurs de peur de l’autre et de violence;

Ø      Et enfin, ils doivent continuer de favoriser les échanges d’expériences et les dialogues interculturel et intercommunautaire. 

Autre article du même auteur sur l'agriculture publié par Uniterra en 2005 
http://www.uniterra.ca/uniterra/uploads/images/Dakar2005/08-Dakar05_Partenar2.pdf

Papa Oumar BADJI
Consultant relations interculturelles
Entrepreneuriat
(514) 523-1200
oumarbadji2004@yahoo.fr
 

 

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