GROUPE ÉCHANGE JEUNESSE
en collaboration avec RECOPAC et DÉFIS MAKONDÉ
a présenté une soirée sur les jeunes de la rue 
et les gangs de rue samedi le 21 octobre
au Centre Afrika


J’étais étrangement surprise de constater qu’il y avait peu de monde à cette activité qui était présenté dans le cadre de la Semaine de prévention de la criminalité.  Effectivement, les jeunes de la rue et les gangs de rue sont deux sujets forts présents au sein de notre société que les médias ne se gênent pas pour surexploiter présentement.  J’aurais donc cru voir plus de participants intrigués par ce sujet d’actualité mais au contraire seulement une quinzaine de participants étaient présents lors de cette soirée. 

Malgré notre petit nombre, nous avons eu droit à des conférences extrêmement enrichissantes et éclairantes sur la réalité des jeunes de la rue et des gangs de rue.  Effectivement, les deux intervenants présents à cette soirée, M. Jacques Moïse psychothérapeute et travailleur de rue, et M. Jean Marie Mousenga de l’organisme Recopac, connaissent bien le cheminement des jeunes provenant de divers horizons. Dans ce cours texte, je me contenterai de faire un bref résumé des sujets qui ont été traités au cours de la soirée, sans tenter de les analyser. 

Premièrement, nous sommes revenus sur le fait que le groupe échange est un groupe qui se distingue des autres par sa grande liberté d’expression et de participation.  Dans un esprit de partage et de respect, les gens se sentent à l’aise d’interagir ensemble ou de tout simplement rester à l’écoute sans protocole déjà établie. Les échanges se font entre anciens et nouveaux librement sans distinction. 

Lors de notre soirée, il nous fallait définir et surtout distinguer les termes gangs de rue et enfants de la rue.  En Afrique, on utilise plutôt le terme enfants de la rue, enfant orphelin ou issue d’une famille extrêmement pauvre qui doit travailler depuis l’enfance pour survivre. En Occident, on emploi plutôt le terme jeune de la rue, de façon un peu trop imprécise sans trop savoir de quoi on parle.  Ce terme n’a donc pas été beaucoup privilégié par nos deux intervenants qui semblaient le trouver trop large et péjoratif. 

Ensuite, on s’est pausé la question à savoir pourquoi les médias ne cessaient pas de parler des gangs de rue à tous les jours ces jours-ci, et ce malgré le fait que nous ne sommes pas en période de crise en niveau des gangs de rue en ce moment. De plus dans les médias ces jours-ci, on fait souvent le parallèle entre Gangs de rue et Gangs de noirs? Si on associe trop souvent le terrorisme au monde arabe et musulman, on associe tout autant gratuitement les gangs de rue aux rassemblements de Noirs. La question n’est pas de nier le problème mais de savoir qu’il existe aussi des Gangs de Vietnamiens, des Gangs de Latinos alors pourquoi faire référence seulement aux Noirs? Selon M. Jacques Moïse, lorsque l’on traite d’une problématique dans les médias on déforme souvent la réalité sans se poser les vraies questions. De quoi s’agit-il vraiment? Pourquoi ce problème existe t-il? Que faire face à un tel problème? 

En abordant la question de la prostitution et des filles qui sont «recrutés» pour devenir des escortes, Monsieur Moïse nous a également fait prendre conscience que les jeunes s’identifient souvent à des vedettes tels que 50 Cents et les rappeurs du même genre qui projettent sur l’écran, l’image d’homme qui possèdent de nombreuses filles et des armes. Ces stars du vidéo, se montrent comme étant des hors la loi sans aucune gêne devant le grand public et cela a pour effet de banaliser ces actes criminels.  Ces nouvelles vedettes très tendance ont une influence marquante chez les jeunes. Est-ce que cela inciterait des jeunes à pratiquer le mode de vie de ces idoles de la musique? Est-ce que les adolescents en quête d’identité qui s’identifient et s’habillent comme ces vedettes sont nécessairement des membres d’une gang de rue? Il faut être prudent avant d’étiqueter ces jeunes comme appartenant à une gang de rue. De là notre question de départ : « De quoi parle t-on? »

Par contre, il ne faut pas nier que parmi ces gangs, se dissimule souvent un noyau de personnes qui peuvent être extrêmement dangereux et manipulateurs.  Ceux-ci procèdera au recrutement de nouveaux membres qu’ils pourront plus tard manipuler à leur guise.  On procède généralement au recrutement dans les Afters Hours ou les Rev Partys et dans les bars ou se cache souvent des jeunes de moins de 18 ans. Les écoles ou les endroits fréquentés par les jeunes sont aussi des lieux de recrutement généralement frayés par les enrôleurs. Comparativement aux squeegis, qui se regroupent ensemble étant donné qu’ils partagent une culture et une philosophie commune, les membres de gang de rue doivent respecter certaines règles indiscutables et doivent faire serment d'allégeance à leur groupe.  L’initiation qui est en fait l’action de passer d’un statut à un autre afin d’être reconnu par les autres, est le moment le plus attendu par les nouveaux qui rêve d’obtenir du respect et plus de puissance et de pouvoir au sein du groupe. 

Pourquoi retrouvent-on plus de jeunes de couleurs dans les gangs de rue? Malheureusement, les jeunes des communautés culturelles se sentent souvent perdus entre leur culture d’origine et celle du pays d’accueil.  À la recherche de leur identité, l’idée d’obtenir plus de pouvoir et de sécurité en adhérant à une gang devient très alléchante et rassurante.  Il est très important de ne pas généraliser car les besoins que les jeunes viennent chercher au sein des gangs de rue dépendent de chacun, de son éducation, de sa culture, de ses origines, de son histoire.  Les intervenants doivent arriver à faire des liens avec l’histoire du pays d’origine et le pays d’accueil pour comprendre la création des différentes gangs de rue. 

Maintenant, comment devrions-nous traiter les jeunes qui sont membres de ces groupes?  Il faut travailler avec eux plutôt que de les traiter comme des criminels car il ne faudrait pas oublier que ces jeunes sont aussi des victimes.  De plus, il est très important de toujours questionner les médias, les images et les préjugés qui y sont projeté et les constructions sociales véhiculées.  Dans un monde où on construit des scandales, où on anime des problèmes sociaux pour le plaisir des téléspectateurs, certaines facettes des problèmes et des solutions sont souvent omis volontairement. M. jean H+Jean Marie Mousenga du Recopac nous souligne un autre point important à ne pas oublier. Il est difficile pour les parents issus de communautés culturelles de s’adapter au mode d’éducation québécoise où souvent l’enfant est roi et maître… Ne sachant plus trop comment intervenir, certains parents se sentent démunis face à leurs propres enfants.  Et les gens hésitent à parler à d’autres de leur problème. Pour de raisons culturelles ils préfèrent garder le silence de peur que les membres de leur propre communauté soient au courant et qu’on les juge d’être de mauvais parents.  Pour cette raison, il est culturellement impossible de dénoncer un membre de la communauté pour ne pas briser l’image que l’on veut préserver. Alors on préfère se taire plutôt que de parler tout en essayant de régler cela à l’interne. Ce sujet devient donc tabou. M. Mousenga nous rappelle que cette problématique culturelle dans le monde africain est dans le but de préserver une certaine cohésion sociale. 

En conclusion, la compréhension et la prévention contre les gangs de rue et la criminalité auprès des jeunes et des familles demeurent la clé pour empêcher que les jeunes ne tombent sous l’emprise de certains gangsters dangereux.  Finalement, changer les mentalités et créer des exemples positifs pour les membres des communautés culturelles dans les médias et dans l’ensemble de la société pourrait peut-être contribuer à amener les jeunes à s’identifier à de nouveaux modèles, qui de cette façon leurs seraient bénéfiques. 

Groupe échange jeunesse
octobre 2006

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Sur la 1ère photo en haut à gauche, nos 2 personnes ressources,
 Jacques Moïse, psychothérapeute et travailleur de rue auprès des jeunes depuis 15 ans, et Jean Marie Mousenga intervenant auprès des communautés africaines au niveau du réseau de la prévention des actes criminels RECOPAC.

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MERCI à Éric pour les photos... 

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